Marie-Claude Pietragalla, la puissance et la grâce
Publié le – Mis à jour le
À 63 ans, Marie-Claude Pietragalla n’a rien perdu de la flamme qui l’anime depuis l’enfance. Chaque matin, elle se lève avec la même conviction : “un jour sans danse est un jour perdu”. Cette discipline, elle ne l’a pas seulement pratiquée ; elle l’a servie, corps et âme. Et aujourd’hui, à l’heure où l’on célèbre les droits des femmes, son parcours résonne comme celui d’une artiste qui a fait de la scène un espace d’émancipation.
Née en Corse, élevée à Paris, la petite fille vive et indomptable trouve très tôt dans le mouvement un langage. À 10 ans, après avoir été bouleversée par un spectacle de Maurice Béjart, elle réussit le concours d’entrée de l’École de danse de l’Opéra national de Paris. Le destin est en marche. À 16 ans, elle intègre le corps de ballet. Les promotions s’enchaînent : quadrille, coryphée, sujet, première danseuse. Puis, le 22 décembre 1990, à l’issue d’une représentation de Don Quichotte où elle incarne Kitri, Patrick Dupond la nomme étoile.
Mais Marie-Claude Pietragalla veut aussi créer, diriger, transmettre. En 1998, elle prend la tête du Ballet national de Marseille. Puis, en 2004, avec le danseur et chorégraphe Julien Derouault, son compagnon de vie et de scène, elle fonde le Théâtre du Corps. Leur ambition : décloisonner la danse, la métisser, la nourrir de littérature, de théâtre, de mime, de hip-hop…
Cette liberté, elle la revendique aujourd’hui dans un féminisme artistique assumé. Avec Giselle(s), elle revisite, avec Julien Derouault, le ballet romantique imaginé par Théophile Gautier et mis en musique par Adolphe Adam. Elle l’a dansé maintes fois à l’Opéra. Elle y voyait déjà une violence souterraine. Dans sa version, Giselle n’est plus une jeune paysanne trahie qui meurt d’amour : elle devient multiple. Dix-huit danseurs et danseuses incarnent une armée de femmes, victimes devenues guerrières. Sur scène, les violences conjugales, l’emprise psychologique, les mécanismes insidieux du patriarcat sont exposés. Un acte artistique, mais aussi militant, en écho aux combats contemporains et à la libération de la parole des femmes. Dans son seul-en-scène La Femme qui danse, elle se raconte sans fard. Elle y assume son perfectionnisme, son exigence, ses paradoxes : la rigueur et l’improvisation, la maîtrise et l’abandon. Elle incarne également la chanteuse Barbara, figure féminine libre et complexe qu’elle admire depuis l’adolescence, dans un spectacle éponyme. Deux artistes habitées par la même intensité.
Des grands rôles classiques aux créations engagées, Marie-Claude Pietragalla trace un chemin singulier. Elle ne s’est pas contentée d’être une étoile : elle a choisi d’être une femme debout, qui danse pour dire le monde, ses blessures et ses espoirs. Son histoire rappelle, avec force, que l’art peut être un levier puissant pour faire avancer les droits des femmes..