Merci à toutes et à tous d’être là, aujourd’hui, devant notre mairie. Si nous sommes réunis, c’est par solidarité avec les maires, les élus, les agents municipaux et les habitants qui ont vu leur mairie brûlée, leurs commerces pillés, parfois le travail de toute une vie partir en fumée.
Mais si nous sommes là, c’est aussi parce que, à Longjumeau, nous avons nous-mêmes été confrontés à ces violences. Au lycée Prévert, au lycée Perrin, des actes de casse et des incendies ont touché notre ville, inquiété les familles et mobilisé nos équipes. J’ai une pensée particulière pour les élèves, les enseignants, les personnels des établissements scolaires et toute la communauté éducative, qui doivent pouvoir travailler et apprendre dans un environnement serein et sécurisé. J’ai une pensée émue et reconnaissante aussi pour les forces de l’ordre et les pompiers qui nous protègent.
Je veux vous parler aujourd’hui avec mes mots, mais aussi avec mon cœur.
Je ne vous cache pas que j’ai eu beaucoup de mal à regarder les images de ce week-end. Elles m’ont profondément choquée. Elles m’ont fait mal. Et oui, elles ont provoqué chez moi beaucoup de colère.
Mais une colère qui ne donne pas envie de tout casser. Une colère qui donne envie de se battre, de ne rien lâcher, de lutter encore plus fort contre toutes les formes de violence. Une colère qui nous oblige à agir, à nous mobiliser et à trouver ensemble des réponses.
Parce que, lorsque je vois ces images, je me dis une chose toute simple : j’ai mal à ma France.
Cette France à laquelle je crois profondément. Cette France où chacun doit pouvoir trouver sa place, d’où qu’il vienne, quel que soit son parcours. Cette France où l’on tend la main, où l’on accompagne, où l’on protège les plus fragiles, où l’on donne à chacun une chance de réussir. Cette France où notre service public est justement là pour accueillir tout le monde, sans distinction.
Et cette France, nous la faisons vivre chaque jour, ici, à Longjumeau.
Une mairie, ce n’est pas simplement un bâtiment. C’est notre maison commune. C’est un lieu où l’on vient chercher de l’aide, où l’on trouve une écoute, où l’on accompagne une famille, où l’on soutient une association, où l’on construit des projets pour nos enfants et pour nos aînés. C’est un lieu de proximité, un lieu de solidarité, un lieu où la République devient concrète.
Derrière les murs d’une mairie, il y a des agents municipaux, des élus, des femmes et des hommes qui s’engagent chaque jour pour les autres. S’attaquer à une mairie, c’est s’attaquer à la République, mais c’est aussi s’attaquer à toutes celles et ceux qui la font vivre et qui sont au service de tous. On ne peut accepter que ceux qui servent les autres deviennent des cibles.
Et je pense aussi à nos écoles, à nos collèges, à nos lycées, à tous ces lieux où l’on transmet des connaissances, où l’on apprend à vivre ensemble, à se respecter, à débattre. On ne peut pas accepter que ceux qui enseignent, ceux qui apprennent et ceux qui accompagnent nos jeunes aient à subir la violence.
Ces derniers jours, j’ai reçu des messages de personnes qui vivent loin de Longjumeau, parfois même loin de France. Des messages d’inquiétude, des messages qui m’interrogent sur ce que devient notre pays. Et cela aussi m’interpelle.
Car oui, la liberté est précieuse. Elle est au cœur de notre République. Mais la liberté ne peut pas être le prétexte à tout détruire. Elle ne peut pas se construire aux dépens des autres. La liberté, c’est aussi respecter celle de son voisin, protéger les biens communs et accepter les règles qui nous permettent de vivre ensemble.
Je comprends que l’on puisse être en colère. Dans une démocratie, on a le droit de contester, de manifester, de ne pas être d’accord. Mais il y a une différence fondamentale entre exprimer sa colère et faire subir sa violence aux autres.
Et je veux le dire avec force : la violence ne peut jamais devenir une réponse. Elle détruit, elle blesse, elle effraie. Elle fragilise d’abord ceux qui ont le plus besoin de nos services publics et de notre solidarité.
Alors oui, parfois, tout cela fait peur. Et comme beaucoup d’entre vous, j’aimerais pouvoir protéger les miens, protéger ma ville, protéger ceux qui nous entourent de cette violence.
Mais ma fonction de maire me donne aussi une responsabilité particulière : celle de ne pas détourner le regard, de protéger autant que possible, de rassembler et d’agir. Et je suis convaincue que cette responsabilité est aussi la nôtre, à toutes et à tous.
Nous ne pouvons pas laisser la violence gagner du terrain. Nous ne pouvons pas nous habituer à ces images. Nous ne pouvons pas considérer que tout cela est devenu normal.
Notre réponse doit être collective. Elle doit passer par le dialogue, l’éducation, la justice, le respect de la loi, la solidarité et l’engagement de chacun. Elle doit aussi passer par notre capacité à rester unis, même lorsque nous ne sommes pas d’accord.
C’est cela, la République en laquelle je crois. Une République qui protège, qui donne sa chance à chacun, qui accompagne sans abandonner personne. Une République qui ne renonce ni à l’autorité, ni à la justice, ni à l’humanité.
Alors aujourd’hui, devant notre mairie, je veux simplement que nous nous rappelions ce qui nous rassemble.
Nous aimons notre ville. Nous sommes attachés à notre pays. Nous croyons que nous pouvons vivre ensemble, malgré nos différences, grâce à ce qui nous unit.
Je veux continuer à croire en cette France. Mais je veux surtout continuer à la défendre, à la faire vivre et à la protéger, avec vous et pour vous.
Parce que la République n’est pas seulement inscrite sur le fronton de nos mairies. Elle vit dans nos actes, dans notre engagement, dans notre solidarité et dans le respect que nous nous devons les uns aux autres.
Et aujourd’hui, notre présence est déjà une réponse : une réponse calme, digne et déterminée à ceux qui voudraient nous faire croire que la violence est une fatalité.
Elle ne l’est pas. À nous, collectivement, de le démontrer.