Vendredi 23 Février 2018

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Vie de quartier

"Placer les habitants au cœur du quartier"

Interview de Sandrine Gelot-Rateau

Maire de Longjumeau, conseillère communautaire déléguée au Contrat de Ville, 2e vice-présidente du Conseil Départemental en charge de la politique de la ville, Sandrine Gelot-Rateau est la cheville ouvrière du Contrat de Ville signé le 17 avril 2015. Nous l’avons rencontrée pour qu’elle nous apporte sa vision de cette étape importante pour notre ville.

Vous avez été nommée conseillère communautaire déléguée à la politique de la ville pour Europ’Essonne. Quelle est votre mission ?

Europ’Essonne compte sur son territoire 3 quartiers prioritaires : 2 à Massy et 1 à Longjumeau. Avant l’été 2014, chacune des 2 communes disposait de ses équipes dédiées et la communauté d’agglomération était incompétente dans ce domaine. La loi place l’intercommunalité en pilote de la Politique de la ville. Vincent Delahaye, président d’Europ’Essonne m’a nommée en septembre 2014 sur une délégation spécifique pour rendre cohérent le travail mené sur les deux communes et renforcer son efficacité.

Depuis votre élection au Conseil départemental en mars, vous avez été élue 2e vice-présidente en charge de la Cohésion sociale, de l’Habitat et de la Politique de la ville. Quelles sont vos priorités ?

François Durovray, le nouveau président du Conseil départemental de l’Essonne, m’a accordé sa confiance pour des sujets qui sont au cœur des missions de l’action départementale. Nous avons une volonté de diversité pour l’habitat social en favorisant par exemple l’accession à la propriété. Nous nous efforcerons de faire revenir les services publics au plus près des habitants qui se sentent abandonnés. C’est valable en ville, dans certains quartiers, mais c’est aussi souvent le même problème dans les zones rurales, nombreuses dans notre département.Pour la Politique de la ville, le département s’était doté d’un Plan départemental de cohésion sociale et urbaine pour la période 2013/2017. Il ne prend pas en compte la nouvelle géographie prioritaire. Il faut donc l’amender pour intégrer les territoires, comme Longjumeau, qui sont entrés dans le périmètre de la politique de la ville. Je dois avouer que mes trois fonctions (maire, conseillère communautaire et vice-présidente du conseil départemental), sont plus que jamais complémentaires pour faire avancer les choses concrètement.

Comment avez-vous réagi quand, en juin 2014, les résidences la Rocade/Bel-Air ont été inscrites sur la liste nationale des quartiers prioritaires qui peuvent bénéficier de la politique de la ville ?

Je me suis tout de suite dit c’est une occasion de faire avancer les choses. Je regrette simplement que le seul critère retenu soit la stigmatisation de la pauvreté par l’étude des revenus. C'est un quartier qui souffre depuis des années. Cette souffrance ne se quantifie pas avec l’argent. Elle est dans le bien-vivre qui fait défaut, dans le quotidien des habitants qui subissent les politiques anciennes de banlieues. Faire disparaître la dimension humaine dans un critère purement statistique, c'est oublier les gens. Nous manquerions notre cible à se contenter d’une réponse économique.La réalité est souvent plus complexe que la statistique. C’est pour cela que j’ai tout de suite demandé à l’Etat d’élargir le périmètre du quartier retenu. Un point de vigilance a ainsi été mis sur la Villa Saint-Martin.

Pourquoi cette inscription sur les quartiers prioritaires ? Rien n’avait été fait dans le quartier ?

Bien au contraire ! Nous ne découvrons pas, au travers d’une statistique, que le quartier Sud a besoin d’une attention particulière.Quand nous sommes arrivés à la mandature en 2008, une forte impulsion a été donnée auprès des bailleurs pour l’amélioration de cadre de vie et des logements. La Villa Saint-Martin et La Croix Breton ont pu bénéficier, par leurs bailleurs 3F et Opievoy, d’une rénovation importante. Le patrimoine d’Efidis, plus important et peut être plus complexe, est lui aussi en pleine rénovation. L’amélioration du cadre de vie est primordiale.Nous avons soutenu et développé la maison de quartier Colucci. C’est un facteur de lien social indispensable qui permet d’engager de nombreuses actions et de savoir quels sont les besoins réels des habitants. Pour la rendre plus accessible et plus visible, nous l’avons ouverte sur la rue Maryse Bastié qui offre un visage beaucoup plus accueillant.La sécurité et la prévention sont essentielles. Nous soutenons les associations d’insertion et de prévention. Nous avons renforcé la Police municipale, et je lui demande d’être présente dans le quartier. Nous avons installé des caméras qui montrent leur efficacité. Nous avons su établir un partenariat étroit et efficace avec la Police nationale... Tout cela a permis des actions concrètes pour lutter contre les trafics.

Que va changer le Contrat de Ville alors ?

Le Contrat de Ville nous donne un cadre pour exiger des résultats que nous avions du mal à obtenir jusque-là.Par exemple, nous avons beaucoup de difficulté dans la gestion quotidienne avec le bailleur Efidis. Les habitants ne se sentent pas suffisamment pris en considération. En tant que maire, je me dois de faire le relais. On demande depuis longtemps qu'il soit plus réactif sur la propreté des espaces extérieurs et des parties communes. Nous lui demandons depuis longtemps d’installer de la vidéo-protection dans les halls d'immeubles...Efidis a signé le contrat, c’est un partenaire incontournable. Je souhaite qu'il s'inscrive pleinement dans l’avenir du quartier. J'ai demandé, et rappelé lors de la signature, que soit inscrite l’installation d'un bureau local Efidis dans le quartier pour plus de proximité dans les actions avec les habitants. Le contrat va aussi nous donner des outils de suivi plus efficace pour faire avancer les choses au quotidien.

N’avez-vous pas envisagé de changer plus profondément le quartier ?

Quand nous avons appris que nous étions inscrits dans les quartiers prioritaires, nous avons exploré toutes les pistes : casser les tours qui défigurent le quartier et ne sont plus forcément adaptées à la vie actuelle, ouvrir plus encore les résidences... La ville a proposé à Efidis un projet ambitieux de rénovation urbaine sur le quartier, c’est-à-dire de modifier la physionomie du quartier.Mais les travaux de rénovation étaient trop avancés, et le bailleur, propriétaire, n’a pas souhaité saisir cette occasion. C’est dommage, mais ça n’a pas été vain puisque nous avons obtenu qu’il aménage les pieds d’immeubles pour amener de l’activité dans le quartier : agence Efidis, hôtel d’entreprises, appartement pédagogique…

Quels principes ont dicté la rédaction du Contrat de Ville ?

Les habitants souffrent dans ce quartier par ce qu’ils ont un sentiment d’abandon. Je veux que le contrat dise que non seulement nous les entendons, mais en plus nous allons créer avec eux un quartier d’excellence. Les habitants subissent un quartier qu’ils ne maîtrisent plus. Je veux qu’ils retrouvent la fierté de leur quartier, un endroit où il se passe des choses positives, et que les habitants se réapproprient.Le Contrat de Ville ne vaut que s’il place l’habitant au cœur du quartier pour qu’il puisse proposer, agir et même évaluer les actions que nous allons mener. Le Conseil citoyen, qui se constitue en ce moment, est là pour ça.J’ai aussi l’ambition d’apporter de l’activité et des services – pas uniquement publics - dans le quartier pour qu’il soit perçu différemment. Je ne veux plus qu’on puisse dire que ce quartier est hors la ville. La politique de la ville doit au contraire le placer dans la ville, pour qu’il ne se replie pas sur lui-même. Implanter des services de l’emploi et des entreprises, renforcer les commerces, installer un marché, apporter du lien social...

Ne craignez-vous pas qu’à apporter des services dans le quartier, les habitants n’en sortent plus ?

Faciliter l’accès aux services publics, par des guichets uniques, permet aux habitants d’avoir une première approche directe qui les fera sortir plus facilement du quartier.Mais je veux surtout veiller à ce que les services qui s’implanteront ne soient pas des antennes qui existent ailleurs dans la ville ou dans l’intercommunalité, mais au contraire des sièges qui puissent faire venir des usagers qui ne soient pas du quartier.

Cela ne va bénéficier qu’au quartier Sud ?

L’originalité de la nouvelle géographie prioritaire est qu’elle parle de quartier vécu. C’est-à-dire tous les lieux – et services - que fréquentent les habitants du quartier. Ainsi nous allons pouvoir agir au-delà des frontières des seules résidences La Rocade / Bel-Air. Ce sera bénéfique pour tous les Longjumellois.Par exemple, l’Education nationale s’engage, dans le contrat et en marge de celui-ci, à maintenir les dispositifs dont bénéficiait le collège Pasteur dans le cadre de l’éducation prioritaire. Tous les collégiens en bénéficieront.

Le contrat a été signé le 17 avril. Que va-t-il se passer maintenant ?

Nous avons des projets ambitieux qui doivent voir le jour. Certains faisaient déjà partie de notre projet municipal (marché dans le quartier sud, navette ciné vers Chilly…). Le Contrat de Ville en a fait naître de nouveaux comme un projet de maisons de services pour l’emploi dans le bâtiment Schweitzer.La façon dont nous avons imaginé le projet a suscité une véritable émulation. Il donne des idées à certains qui n’avaient pas pensé initialement y participer. Ce n’est pas fini, le contrat va encore évoluer.Il faut maintenant trouver le financement de tous les projets. Le principe est de mobiliser tout ce qui existe déjà pour que le quartier puisse en bénéficier. Les nombreux signataires vont aussi nous permettre d’avoir une sorte de répertoire des personnes à déclencher pour qu’ils puissent aider le quartier. Nous allons essayer de tout faire financer. Nous ne nous interdisons pas le mécénat qui mobilise des fonds privés pour financer des actions.Aujourd’hui, je me sens porteuse d’une bulle d’espoir. Je ne veux pas qu’elle éclate en déceptions pour les habitants. Les Longjumellois savent qu’ils peuvent compter sur ma ténacité pour rendre tout cela très concert.

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